Santé publique France a confirmé deux cas d’infection humaine au virus West-Nile dans le Puy-de-Dôme et l’Ardèche depuis août. C’est la première fois que ce virus, transmis par les moustiques, connaît une recrudescence en France.
C’est une première dans le Puy-de-Dôme. Un cas d’infection au virus du Nil occidental (VNO), aussi appelé virus West-Nile, a été identifié au mois d’août dernier, a rappelé Santé publique France dans un bulletin régional publié le 5 novembre dernier. Un autre cas a été repéré dans l’Ardèche. Les deux ont été confirmés par le Centre National de Référence des arbovirus.
Comme le chikungunya et la dengue, le virus du Nil occidental est à l’origine d’une maladie infectieuse, transmise par le moustique, qui se répand principalement dans les zones tempérées et tropicales. Habituellement, le virus infecte les oiseaux. Mais il peut aussi se transmettre aux humains. S’il est anodin pour la plupart des personnes infectées, il peut parfois s’avérer fatal pour les plus vulnérables. Il est ainsi l’arbovirus le plus létal en Europe, avec plus de 60 morts recensés en Europe pour l’année 2025.
« Historiquement, il s’agit d’un virus circulant en Afrique et transporté par les oiseaux migrateurs. En France, il est connu depuis les années 1960, avec plusieurs cas en Camargue. Son épidémiologie a évolué car, depuis le début du XXIe siècle, il a connu beaucoup d’activité, et on retrouve régulièrement des épidémies autour du bassin méditerranéen, notamment en Italie et en Grèce », retrace Marie-Claire Paty, médecin épidémiologiste et coordinatrice de la surveillance des maladies vectorielles au sein de Santé publique France.
La personne infectée dans le Puy-de-Dôme, dont le profil est parfaitement anonymisé, est un cas « probablement infecté » dans le département, indique Santé publique France. « Il est qualifié ainsi car pendant la période de contamination possible, il a aussi séjourné dans d’autres départements déjà concernés par la circulation du virus. Mais le plus probable reste le Puy-de-Dôme au vu de la chronologie et de la durée de séjour », précise Marie-Claire Paty.
Alors que sait-on de la circulation du virus dans le Puy-de-Dôme à l’heure actuelle ? « Les investigations sur les volets animaux (cas équins ou aviaires) et sur le volet entomologique n’ont pas permis de documenter la circulation de ce virus dans ces deux départements », peut-on lire dans le bulletin publié par Santé publique France.
Ce cas de VNO détecté dans le Puy-de-Dôme est une situation nouvelle. Et il s’inscrit dans une dynamique de circulation inédite de ce virus en France. « L’année 2025 est marquée à la fois par un nombre important de cas [58 cas d’infection à ce jour] et par une distribution géographique tout à fait inédite (Ile-de-France, Auvergne-Rhône-Alpes mais aussi plusieurs nouveaux départements en Occitanie, région déjà affectée) », confirme Marie-Claire Paty. Cette « extension géographique du virus au-delà du seul pourtour méditerranéen » s’observe depuis 2022.
Et le réchauffement climatique est l’une des causes de cette circulation élargie. « Cela passe par différents mécanismes : on a montré au cours des épidémies précédentes que l’augmentation est corrélée à la chaleur des printemps et des étés. Cela peut aussi s’expliquer par les couloirs d’oiseaux migrateurs modifiés à cause du réchauffement climatique », expose la médecin épidémiologiste. En ajoutant à cela des températures élevées qui peuvent favoriser la prolifération des moustiques, ainsi que la multiplication du virus en leur sein.
Le virus du Nil occidental, s’il demeure inoffensif chez la majorité des personnes infectées, demeure un enjeu de santé publique pour Marie-Claire Paty. « Il peut donner des formes sévères chez les plus fragiles, comme les personnes âgées, et provoquer des méningites ou des encéphalites, donc des maladies graves qui peuvent mener au décès », détaille-t-elle. Le virus peut aussi se transmettre par la transfusion sanguine ou la greffe d’organes et de cellules, ce qui implique alors de mettre en place des mesures de dépistage chez les donneurs lorsque des cas sont détectés.
L’enjeu est donc réel, mais la gravité à mesurer : il s’agit à ce jour du seul cas recensé dans le Puy-de-Dôme, et la contamination dans un autre département n’est pas exclue, bien qu’elle soit moins probable. La période considérée à risque par les autorités de santé s’étend du printemps jusqu’à la fin du mois de novembre.
« Quoi qu’il en soit, au vu de l’évolution du West Nile, la vigilance est de mise pour les prochaines années, sur l’ensemble du territoire national », conclut l’établissement public. Lorsque des nouveaux cas sont détectés sur des territoires inédits, les professionnels de santé sont ainsi sensibilisés à mieux le détecter, mais aussi à prévenir le virus, notamment grâce à des opérations de démoustication.
Le virus du Nil occidental déclenche une inquiétude en France