C’est une première en Savoie. La station de Saint-Colomban-des-Villards a décidé d’ouvrir son front de neige avec deux remontées mécaniques et un tapis pour enfants, totalement gratuitement cet hiver. Paradoxalement, cette décision a été prise pour faire des économies. Explications.
« Une aberration économique, mais c’est la réalité financière », résume Pierre-Yves Bonnivard, maire (divers) de Saint-Colomban-des-Villards. La situation semble en effet contre-intuitive : pour faire des économies, la station a décidé de ne pas commercialiser de forfaits de skis. Son front de neige sera totalement gratuit cet hiver.
Cette décision vient clore une longue période d’incertitude sur le devenir du domaine skiable de Saint-Colomban-des-Villards, qui jusqu’à récemment faisait partie des Sybelles, quatrième plus grand domaine skiable de France. En raison d’une situation très particulière, la gratuité est devenue moins chère pour la commune que la commercialisation.
Faute d’avoir trouvé un exploitant, pour la première fois, la municipalité de Saint-Colomban-des-Villards fera tourner sa station en régie, cet hiver. C’est-à-dire qu’elle devra gérer toute son activité. Son objectif est de réduire au maximum le coût d’exploitation du domaine : la majorité des pistes seront donc fermées, et seul le front de neige, deux remontées mécaniques ainsi que le tapis des Oursons seront ouverts cette année.
La municipalité a d’abord étudié l’idée de commercialiser des forfaits pour l’accès à ce domaine réduit. Mais « il faudrait un système de billetterie, des personnes aux caisses : toutes ces dépenses directes couteraient plus cher que les recettes envisagées », détaille le maire de la commune. Si on fait payer le forfait, on augmente le déficit de 18 000 à 23 000 euros. Comme on doit réduire les dépenses au maximum, on a décidé de renoncer à la commercialisation.
La municipalité estime que le coût de cette saison gratuite pour les skieurs se situera entre 150 000 et 200 000 euros. Cela inclut les salaires des six personnes qui seront employées pour faire tourner les remontées mécaniques. Cette somme est cinq fois moins importante que ce que la station avait payé l’an dernier, car son activité au sein des Sybelles est déficitaire depuis plusieurs décennies.
Un enchaînement d’événements a mené à la situation actuelle. D’après le maire de la commune, l’activité de ski au sein du domaine des Sybelles a toujours été déficitaire dans les budgets de la ville. Ces dernières années, Saint-Colomban-des-Villards consacrait en moyenne 600 000 euros à son budget « remontées mécaniques ». La saison 2023-2024 avait été particulièrement catastrophique par manque de neige et les coûts avaient commencé à grimper. Mais à l’hiver 2024-2025, le déficit a atteint 1,2 million d’euros, soit la moitié du budget total de la commune. Une telle dépense avait provoqué un vif débat au sein du conseil municipal.
« C’est très cher, car nous avons un domaine très compliqué, avec plusieurs télésièges, un plan de déclenchement des avalanches », explique le maire. Les skieurs des Sybelles venaient skier chez nous, mais achetaient leurs forfaits ailleurs et les recettes n’étaient pas réparties. C’est ubuesque, ce qu’il s’est passé depuis des années.
Or, depuis l’an dernier, l’argent abondé par la commune pour financer le ski est dans le viseur de la chambre régionale des comptes, saisie par le préfet de Savoie. Dans un avis rendu en octobre 2024, la juridiction financière a demandé à la commune de « mettre en place un plan de réduction des coûts du domaine skiable en envisageant la fermeture de tout ou partie des équipements, afin de mettre un terme à la subvention d’équilibre versée au budget annexe ‘remontées mécaniques' ».
Pour résumer, les remontées mécaniques sont un « service public industriel et commercial » et doivent donc être financé par ses usagers, pas par la commune. Celle-ci n’a donc plus le droit de subventionner cette activité avec de l’argent public. Cela a précipité la rupture avec le domaine des Sybelles et l’absence de repreneur pour gérer les activités de la station a fini d’entériner la décision de la commune. Un choix qui a fait réagir les habitants, notamment certains commerçants, mobilisés depuis l’été pour alerter sur les conséquences de la fin du ski dans la station.
Le ski gratuit sur le bas du domaine est ainsi une façon de maintenir une activité, avant une nécessaire réorientation du modèle économique de la commune, si aucun exploitant ne veut reprendre la gestion de la station. « Ça fait des années qu’il y a du ski ici. Si on ferme tout du jour au lendemain, tout s’arrête. On ne peut pas passer de tout à rien pour nos professionnels. Nous n’avons pas eu les moyens financiers de nous diversifier, comme l’argent passait dans le déficit d’exploitation du domaine skiable », détaille Pierre-Yves Bonnivard. Cette « saison charnière » sera peut-être la seule sur ce modèle : à terme, pour se conformer au droit, la commune doit arrêter de financer une activité de ski qui serait déficitaire.
Le maire espère que de nouvelles activités verront le jour sur la station située à 1 100 mètres d’altitude et où l’enneigement est plus qu’incertain. Mais il prévoit dans l’imminent des conséquences pour sur l’activité d’hébergement cet hiver : « On change le périmètre de notre domaine skiable, notre type touristique : on ne sait pas comment va se passer l’hiver, quelle sera la fréquentation. Ça n’a jamais été fait ailleurs. » Même si la décision a été prise pour faire des économies, cette année, le ski gratuit attirera peut-être un nouveau public dans la petite station.