Jean-Luc Boiré, artiste de Romans-sur-Isère, assiste au procès d’Abdallah Osman Ahmed, réfugié soudanais accusé d’avoir tué deux personnes et blessé cinq autres le 4 avril 2020. Dans le cadre de la cour d’assises spéciale de Paris, l’artiste se charge de représenter les personnages et les émotions des participants. Il a griffonné des centaines de croquis et dessins depuis le 27 octobre 2025. Ce dessinateur judiciaire est installé sur les bancs de la cour d’assises spéciale pour le procès de l’attentat de Romans-sur-Isère. Le 4 avril 2020, cette petite ville de la Drôme a été secouée par un drame, deux personnes tuées et cinq blessés lors d’une attaque au couteau. L’accusé, Abdallah Osman Ahmed est jugé pour ‘assassinats et tentatives d’assassinat liées à une entreprise terroriste’. Le dessinateur, originaire de Romans-sur-Isère, a assisté aux quinze jours d’un procès qui l’a marqué. Au fil des jours, il a compris les enjeux de cette audience complexe et les différentes personnalités présentes dans la salle.
En France, dans une salle d’audience, les appareils photo et caméras sont interdits. Les dessinateurs sont donc les seuls à pouvoir représenter le déroulé du procès. Ce travail complexe exige une observation minutieuse. Parfois, l’artiste qui travaille avec des médias doit réaliser des commandes en temps réduit : ‘Le jour de l’ouverture du procès, on m’a demandé de réaliser le portrait de l’accusé, l’audience ouvrait à 10h et ils avaient besoin du dessin pour 12h’, explique Jean-Luc Boiré. Au fil des jours, son trait s’affine et sa perception évolue : ‘Les dessins que je fais de lui (l’accusé) sont meilleurs maintenant, car je le connais mieux’, affirme l’artiste. ‘Il faut se familiariser avec les différents protagonistes pour essayer de faire passer leur personnalité dans le dessin’, détaille-t-il. J’ai fini par m’attacher à cette personne (l’accusé) : je pense qu’il est profondément malade. Le dessinateur judiciaire. Avocats, victimes, présidente de la cour, accusé : toutes les personnes dans la salle deviennent des modèles. Ce sont notamment ces deux derniers que le dessinateur griffonne le plus souvent. ‘La présidente de la cour m’impressionne beaucoup’, affirme-t-il. ‘J’essaye aussi et surtout de sonder l’âme de l’accusé avec mes dessins’, témoigne l’artiste. Depuis près d’un an, Jean-Luc Boiré assiste à de nombreux procès et dessine les audiences, principalement des comparutions immédiates. Être présent lors d’un jugement au sein de la cour d’assises spéciale de Paris est une expérience particulièrement enrichissante. ‘J’ai le sentiment que la justice a fait un tour détaillé de la problématique. La justice de notre pays sort de cette expérience grandie’, affirme le dessinateur. Lui-même originaire de Romans-sur-Isère, cet attentat terroriste a une dimension spéciale pour lui. ‘Lorsque j’ai appris qu’il y aurait un procès, j’ai voulu le suivre dans sa totalité’, raconte l’artiste. S’il travaille avec des médias, Jean-Luc Boiré espère réaliser ‘un récit’ de cette expérience et mettre en lumière ses centaines de dessins. Il ne sait pas encore exactement la forme que prendra son travail, mais il ne compte pas s’arrêter là, après ces quinze jours très marquants. Le verdict du jugement d’Abdallah Osman Ahmed est attendu dans la soirée du vendredi 7 novembre 2025.