Le hockey féminin français : une précarité financière intense et des sacrifices…

Les joueuses de hockey sur glace féminin françaises se préparent aux Jeux olympiques de Milan-Cortina 2026, où elles seront confrontées à un défi inédit. Leur situation économique est marquée par une précarité extrême, avec des sacrifices personnelnels et familiaux qui deviennent nécessaires pour survivre dans ce sport.

L’équipe de France féminine a récemment participé à un tournoi de préparation en Allemagne, puis a été repêchée pour les JO 2026 après la suspension de la Russie par le Comité international olympique (CIO). Les tricolores ont terminé meilleure deuxième des tournois qualificatifs.

Les Bleues seront opposées à l’Allemagne, au Japon, à la Suède et à l’Italie lors des Jeux olympiques de Milan-Cortina (5-22 février), avec un objectif ambitieux de se qualifier pour les quarts de finale. « Je pense qu’on peut faire un exploit. Premiers JO et on se qualifie pour les quarts : ce serait extraordinaire ! », s’enthousiasme Pierre-Yves Gerbeau, président de la Fédération française de hockey sur glace (FFHG).

Cette « exposition médiatique » pourrait permettre à la discipline de rentrer dans un système vertueux, en prévision du Mondial Elite organisé en 2028 à Paris et Lyon, puis des JO d’hiver dans les Alpes françaises en 2030. « On a donc une fenêtre d’opportunité incroyable », souligne Pierre-Yves Gerbeau.

« C’est dur d’exister dans le paysage du sport collectif français », renchérit Lore Baudrit, 34 ans. Pour la capitaine de l’équipe de France, l’objectif de ces Jeux est « d’amener de la visibilité », de « faire rêver des petites filles et des petits garçons ». Et aussi que « le public comprenne à quel point c’est difficile, parce qu’on est une petite nation de hockey, on se bat avec nos moyens ».

« On n’a pas envie d’aller là-bas pour faire les touristes, on veut être performantes. Mais j’espère aussi qu’on parlera de nos histoires d’équipe, de nos histoires individuelles, de nos engagements, et comment on fait pour se dépatouiller entre tout et jouer en équipe de France », explique Lore Baudrit.

Seule une minorité d’hockeyeuses françaises ont des contrats professionnels leur permettant de gagner correctement leur vie, comme Chloé Aurard qui évolue en PWHL, la prestigieuse ligue pro nord-américaine. En France, le championnat est composé de seulement huit équipes, dispersées dans deux poules selon leur situation géographique. Parmi elles, Grenoble et Chambéry sont les clubs représentant les Alpes du Nord.

Certaines joueuses doivent donc évoluer à l’étranger : « Moi, je n’ai pas de salaire, rien », confie Lore Baudrit. « L’année dernière, j’ai travaillé 40 heures par semaine, je garais des voitures au siège de Audi à Ingolstadt » en Allemagne, où est basé son club actuel. « Mais entre l’entraînement, mon fils de 13 mois, c’était très dur… », poursuit-elle.

Même si « le fait d’être olympique ouvre des portes » pour des aides financières, la capitaine, diplômée en marketing et en journalisme, explique qu’elles sont plusieurs hockeyeuses de haut niveau à avoir lancé des cagnottes en ligne sur la plateforme de mécénat participatif de la Fondation du sport français.

Parmi elles, l’attaquante Anaé Simon, qui décrit à ses potentiels donateurs le « paradoxe » de sa situation : « Je ne vis pas du hockey. Je travaille, j’étudie, je m’entraîne, mais si je n’arrive pas à réunir les ressources nécessaires, je risque de devoir lever le pied. C’est dur à avouer, mais c’est ma réalité. Alors aujourd’hui, je vous tends la main ».

Pour Pierre-Yves Gerbeau, « cette situation, où nos joueuses doivent faire des sacrifices personnels et familiaux, n’est pas acceptable », notamment « par rapport à leurs collègues masculins : un international français qui joue en Allemagne gagne plus de 150 000 euros par an ». Son « objectif » serait d’instaurer un dispositif « où la moitié du salaire serait pris en charge par le club local, et l’autre moitié par la fédération, grâce à des aides, des partenariats, etc. » Le président de la fédération espère ainsi, grâce aux JO, « attirer de nouveaux partenaires économiques spécifiques pour le hockey féminin ».

Il souligne aussi que si le hockey sur glace n’a été ouvert aux femmes qu’en 1983, le nombre de licenciées en France a progressé plus vite l’année dernière (+7 %) que celui des licenciés (+4 %). En amont des JO, les Bleues participent au Tournoi des 4 Nations à Landshut, en Allemagne, et affrontent mercredi la sélection hôte, avant la Slovaquie jeudi et la Hongrie vendredi. Elles se retrouveront ensuite à Dunkerque du 8 au 14 décembre pour un nouveau tournoi, et leur dernier rassemblement avant les Jeux.