À Bourg-Saint-Maurice en Savoie, plus de deux tiers des logements sont dédiés à la location touristique. De quoi saturer le marché de l’immobilier. Conséquence : les saisonniers, indispensables à l’économie de la montagne, ne parviennent pas à se loger. La mairie a décidé de réagir.
Un an après Chamonix, c’est au tour de Bourg-Saint-Maurice de serrer la vis concernant les meublés touristiques. À l’image de sa voisine de Haute-Savoie, la capitale de Haute-Tarentaise impose de nouvelles contraintes, sensées régulées les locations. « Comme dans beaucoup de destinations touristiques, il y a une fuite des logements principaux, pose le maire Guillaume Desrues. Les travailleurs saisonniers ne peuvent plus se loger, la démographie est en légère baisse sur les dix dernières années et les jeunes, qui ne peuvent pas vivre ici, quittent la commune ».
À Bourg-Saint-Maurice, dans la vallée, comme aux Arcs, dans la station, la commune comptabilise 12 000 logements, dont les deux tiers sont à vocation touristique. Les autres, sont des résidences principales.
Passé le constat, le maire a choisi l’action. Depuis le samedi 1er novembre, tous les logements, qu’ils soient à vocation touristique ou pas, doivent être signalés en mairie, pour obtenir un numéro d’enregistrement. « C’est une manière de faire un recensement et de connaître l’état actuel du marché » précise l’élu.
On estime que sur les 4000 logements non-référencés comme meublé touristique, environ 600 sont pourtant loués comme tel » poursuit le maire. Ces derniers sont alors priés de demander un « changement de destination » (sauf dans le périmètre de la station des ski des Arcs) avant le 1er avril prochain, condition sine qua non pour pouvoir louer leur bien comme un meublé touristique.
Des autorisations de trois ans, renouvelables, seront alors délivrées par la mairie, dans la limite d’un seul logement locatif par foyer fiscal. Une mesure inspirée par celle prise à Chamonix, en juillet 2024. « Tout à fait, confirme Guillaume Desrues. On a fait une visite à Chamonix en septembre dernier, et on a pu échanger sur tous ces sujets. On est un peu des pionniers sur ces sujets-là ».
À Bourg-S Saint-Maurice, la plateforme Airbnb revendique par exemple 4420 logements disponibles. Une manne financière intéressante pour les propriétaires, qui profite également à des métiers connexes, comme les conciergeries. La commune en compte au moins six. La dernière en date a ouvert ses portes au mois d’août. Pour son responsable, Sébastien Cottray, « la mairie a raison d’encadrer les choses », reconnaissant les difficultés d’accès au logement pour les saisonniers. Il ajoute : « Il y a un peu trop d’appartements en location, ça ne peut pas marcher. On ne peut pas tout avoir. Si on continue de multiplier et que ce n’est pas encadré, c’est la foire ». Le chef d’entreprise assure même refuser les clients multi-propriétaires, une question « d’éthique personnelle ». Toutefois, Sébastien Cottray attend de voir à l’usage comment va se traduire cette nouvelle réglementation. « C’est le rôle d’un premier de cordée » sourit le maire, Guillaume Desrues, conscient que d’autres évolutions pourraient être apportées à l’avenir.
La crise du logement en France : les saisonniers confrontés à un manque d’habitations