Les Violences du Policier Ardéchois contre une Militante Ecologiste : Une Enquête Ouverte par le Parquet de Privas

Un policier du commissariat de Guilherand-Granges est visé par une enquête préliminaire ouverte par le parquet de Privas, chargée aux services de l’Inspection générale de la Police nationale (IGPN). Il est accusé de violences physiques et verbales contre des militants écologistes opposés au contournement routier de Saint-Péray. Deux signalements ont été effectués contre ce policier, selon une information confirmée par Céline Nainani, procureure de la République de Privas.

Un rassemblement pacifiste a eu lieu le samedi 15 novembre. Des militants écologistes sont en plein « pique-nique festif » devant les barrières. Une banderole « Rendez-nous la plaine ! » a été installée sur les barrières. Camille, militante, a décore la banderole lors d’un atelier de « fresque participative », quand deux officiers de police sont arrivés au rassemblement. Les officiers demandent aux militants présents de décliner leur identité avant de leur imposer de quitter les lieux.

Camille ne possède ni papiers, ni téléphone et refuse de donner son identité. Elle porte sur elle un petit couteau Opinel qu’elle aurait amené pour « découper des rubans ». Selon elle, les deux officiers la plaque au sol et la menotte avant de l’emmener au commissariat de Guilherand-Granges à 5 km. « Je n’ai opposé aucune résistance, mais je refuse toujours de décliner mon identité. » nous explique-t-elle au téléphone.

 » À aucun moment, on m’explique que je suis en garde à vue, on ne m’a pas proposé d’avoir recours à un avocat, d’aviser un proche ni de voir un médecin », assure-t-elle. Elle témoigne de nombreuses interactions agressives avec le policier concerné qu’elle aurait vu à plusieurs reprises entre la cellule et son bureau, dont une audition seule avec lui. « Il me parle de manière vulgaire et, alors que je suis assise, donne un violent coup dans la chaise. Je me relève et il me hurle dessus. Il reprend la chaise et m’intime de m’asseoir et cette fois m’attrape par l’oreille et me force à m’asseoir », rapporte la militante.

« Intimidée et effrayée », Camille décide de ne plus répondre à l’officier de peur « d’une escalade » et décrit un sentiment de « crainte » et de « violence émotionnelle ». Le policier aurait intimidé Camille à plusieurs reprises pour la forcer à décliner son identité. L’officier aurait également menacée de porter plainte contre elle pour agression sexuelle.

« J’avais peur de demander quoi que ce soit. Si je demandais un avocat ou de voir un médecin, j’avais peur qu’il le retourne contre moi. », confie-t-elle. Contacté, l’avocat de la victime dénonce ces faits de violence allégués de la part de l’officier de police. « Ma cliente n’a pas été notifiée de ses droits et n’a pas pu les exercer notamment le fait d’avoir le droit à un conseil », rapporte Thomas Fourrey.

Quelques minutes plus tard, le policier aurait également « introduit » ses doigts dans la bouche de Camille avant de la menacer… « de foutre ses couilles dans sa bouche », selon les propos rapportés par la militante et repris par son avocat. Elle poursuit, désignant toujours le policier : « Il avait ouvert la lame du petit couteau que j’avais sur moi avant d’arriver et jouait avec, j’ai eu le sentiment qu’il voulait m’intimider ». Les menaces auraient continué pour l’obliger à donner ses empreintes digitales au risque de « lui péter le poignet » si elle refusait. Elle finit par donner ses empreintes, après autorisation de la procureure transmise au commissariat, sans qu’elle puisse lire l’intégralité du document selon elle.

La prise d’empreinte digitale “sous contraintes” est permise par la loi, mais dans des cas spécifiés par le code de procédure pénale : « Cette opération ne peut être effectuée en l’absence de l’avocat qu’après l’expiration d’un délai de deux heures à compter de l’avis qui lui a été adressé ».

« On va se retrouver dehors, tu verras »

Jusqu’à sa sortie du commissariat, plus de 8 heures après son placement en garde à vue, la militante décrit une attitude “agressive” de l’officier.  » Il m’a dit que je pouvais sortir, mais qu’il avait hâte que je porte plainte pour avoir mon identité et me retrouver dehors ». Méfiante, elle indique douter du « traitement des plaintes » à l’encontre de policiers. Toutefois, son avocat l’encourage à déposer plainte. Deux jours après sa garde à vue, son avocat a écrit à la procureure de la République pour signaler les agissements du policier à l’encontre de sa cliente. Les investigations ont été confiées à l’Inspection générale de la police nationale (IGPN), nous a précisé le 19 novembre la procureure de la République de Privas, Céline Nainani.

Le parquet dePrivas avait ouvert une enquête pour violences aggravées après une manifestation d’opposants le 10 septembre, lors duquel un policier s’était fait voler sa gazeuse et asperger, des faits qualifiés d' »agression inadmissible » par le préfet de l’Ardèche.