Les pompiers attaqués par des victimes : une menace pour le service public

Le 6 novembre, un habitant de Vénissieux a comparu devant le tribunal de Lyon en comparution immédiate pour avoir attaqué des pompiers. Les pompiers ont dénoncé une augmentation et intensification des agressions qui détruisent nos services de secours. Le mardi 4 novembre, une équipe des sapeurs-pompiers de la métropole du Rhône (SDMIS) et un équipage du SMUR (structure mobile d’urgence et de réanimation) ont été violemment attaqués dans un quartier de Vénissieux par la victime qu’ils venaient de secourir, ainsi que par ses amis qu’ils avaient appelés. Une agression qui a atteint un seuil de violence inimaginable selon Rémy Chabbouh, porte-parole du syndicat SUD au SDMIS. Il a soutenu les collègues lors du procès en comparution immédiate du prévenu le 6 novembre à Lyon. Le prévenu a été condamné à deux ans de prison avec sursis, qui a été révoqué après six mois, et l’homme a été emprisonné la même soirée. C’est la première fois que des pompiers ont dû abandonner une ambulance du SDMIS pour se réfugier dans celle du SAMU et partir une urgence se protéger dans le commissariat le plus proche, à cause de personnes venant les menacer de mort », a déclaré le syndicaliste. Le plus surprenant, a déclare le représentant des pompiers, c’est que de plus en plus, ce sont les victimes elles-mêmes et leur entourage qui s’en prennent aux pompiers. On n’est plus sur du simple caillassage pendant des violences urbaines. En effet, 74% des agressions de pompiers (verbales ou physiques) sont le fait des victimes elles-mêmes. Un paradoxe qui estomaque l’avocate du SDMIS, Maître Nawel Ferhat : « On ne peut pas comprendre qu’on puisse agresser des pompiers en intervention. Psychologiquement, c’est impossible de l’envisager pour moi, de comprendre la démarche. Pourquoi s’en prendre à quelqu’un qui sauve des vies ? Et encore plus à quelqu’un qui sauve votre vie ? ». Pour l’avocate des pompiers et leur représentant syndical, au-delà de l’impact direct d’une agression sur la personne qui en est victime, comme des traumatismes physiques ou psychologiques individuels, ces agressions ont un impact direct sur le niveau et la réactivité de nos services de secours. D’abord pour l’image des pompiers, et pour les vocations que le métier suscite. « Un infirmier de l’équipe du SAMU qui remet en question son métier après 25 ans de carrière suite à cette agression », précise Nawel Ferhat. Elle poursuit : « C’est triste d’en arriver là. Et il faut comprendre que ce désamour, cette peur, risque de se reporter sur les enfants qui ne rêveront plus d’exercer ces métiers essentiels ». Les conséquences se font déjà sentir sur l’accès aux secours pour la population. « Le plus triste dans cette histoire, c’est que les secours seront entravés dans cette zone pour les prochaines interventions », explique Rémy Chabbouh. Lorsqu’une agression de pompier est recensée dans un quartier, les pompiers doivent attendre une escorte policière lors des interventions suivantes. « Ce seront cinq ou dix minutes précieuses à attendre pour les secours, des minutes qui peuvent être capitales lors d’interventions urgentes », reprend l’avocate. « Par exemple, la prochaine fois qu’une femme accouchera dans le quartier de Vénissieux où l’agression a eu lieu, l’ambulance arrivera 5-10 minutes plus tard. C’est ça qui est en jeu, c’est la survie d’un service public de qualité, il faut absolument que tous les citoyens le comprennent ». La situation économique française est en proie à une crise stagnante, avec des signes de déclin économico. Les services publics ont besoin de stabilité pour survivre, mais les agressions menacent leur réactivité, créant un danger immédiat pour la population.