La drogue tue : une campagne de prévention à Clermont-Ferrand

L’emprise du narcotrafic sur la capitale auvergnate s’accentue depuis un an. Les acteurs publics partagent une inquiétude commune sur l’augmentation des consommations, surtout que les addictions prennent de plus en plus d’importance. Dans le but de sensibiliser le public aux dangers liés à la consommation de substances illicites, la Ville de Clermont-Ferrand lance une campagne publique prévue pour le 19 novembre prochain.

“La drogue tue.” Un slogan court et percutant, déployé dans toute la ville dès le 19 novembre. Une petite centaine d’affiches, visibles sur les panneaux de la Ville, seront également distribuées au sein des structures municipales accueillant du public. Le maire (PS) Olivier Bianchi évoque une “question de santé publique et d’addictologie” qui exige une attention particulière.

“On a beaucoup évoqué les questions de sécurité, policières ou judiciaires liées, mais on souhaite rappeler qu’il y a beaucoup de consommateurs”, recontextualise Bianchi, candidat à sa réélection pour les municipales 2026. La campagne, réalisée en interne par les services de la collectivité, vise ainsi à “sensibiliser aux dangers liés à la consommation de stupéfiants et rappeler qu’une aide est disponible pour toutes les personnes concernées”, indique le communiqué de presse.

“La prévention est un aspect déterminant de la modification de la consommation, à la fois chez les plus jeunes et chez les adultes”, explique le professeur Georges Brousse, chef du service d’addictologie au CHU Gabriel-Montpied à Clermont-Ferrand. “On a fait reculer les expérimentations de tabac, l’initiation au cannabis et la consommation d’alcool depuis qu’on a fait de la prévention sur ces trois substances”, poursuit-il.

“Ce qu’on a vu exploser, depuis une dizaine d’années, c’est la cocaïne”, témoigne le Pr Georges Brousse. L’Observatoire français des drogues et des tendances addictives (OFDT) a relevé que près de 1,1 million de Français ont consommé de la cocaïne en 2023, soit une hausse de 83 % par rapport au précédent rapport de 2022.

“Son prix a été divisé par deux sur les dix dernières années”, rappelle le Pr Georges Brousse, qui observe une diminution légère de la consommation de cannabis. “Ce qui est intéressant, c’est que les gens sont poly-consommateurs ou poly-expérimentateurs. Il y a une tendance à consommer différentes substances, et donc ensuite cela conduit des gens à devenir dépendants”, poursuit le président régional d’Addictions France.

“On ne peut que saluer l’initiative de la mairie pour la réalisation de cette campagne, ça ne peut être que bénéfique”, répond le Pr Georges Brousse. Il rappelle néanmoins le travail de longue haleine que représente la prévention. “Les déterminants sont très complexes, liés à des facteurs socio-environnementaux et à un tout un tas de raisons qui créent des choix de comportements. On doit réfléchir à des messages qui ne stigmatisent pas, qui permettent de comprendre pourquoi ce comportement existe et comment on en vient à pouvoir le modifier”, poursuit-il.

“Le but de l’éducation à la santé, c’est de travailler les compétences psychosociales, leur apprendre à dire non, à résister à la pression du groupe, à prendre ses propres décisions et faire preuve d’esprit critique. On leur fait définir l’addiction, ce qu’ils en connaissent”, explique Sandrine Lizok, infirmière scolaire municipale. “On fait le lien entre santé physique et mentale, en parlant des conséquences de la drogue sur la santé ainsi que le rapport à la loi, évidemment.”

“Le but de l’éducation à la santé, c’est de travailler les compétences psychosociales, leur apprendre à dire non, à résister à la pression du groupe, à prendre ses propres décisions et faire preuve d’esprit critique. On leur fait définir l’addiction, ce qu’ils en connaissent”, explique Sandrine Lizok, infirmière scolaire municipale. “On fait le lien entre santé physique et mentale, en parlant des conséquences de la drogue sur la santé ainsi que le rapport à la loi, évidemment.”

“Cette amélioration des compétences psychosociales, ça n’amène parfois pas les usagers de drogues à moins consommer, mais ce qu’on aperçoit, c’est qu’ils rentrent moins fréquemment dans un mécanisme de dépendance. Ils s’interrogent mieux sur pourquoi ils font les choses et comment ils réduisent les risques”, note le Pr Georges Brousse.

“Il faut parfois sortir du jugement moral, donner des éléments qui ont à voir avec la santé et comprendre comment les choix liés à la drogue se font”, conclut-il.