Le milliardaire Élon Musk a lancé ce lundi 27 octobre un nouveau projet baptisé Grokipedia, présenté comme une encyclopédie en ligne générée par l’intelligence artificielle. Cette initiative, selon le fondateur de Tesla et SpaceX, vise à concurrencer Wikipédia, qu’il accuse d’être «trop marquée à gauche» et de véhiculer des idéologies extrêmes. Musk a annoncé que la version 0.1, déjà disponible, contient plus de 885 000 entrées, promettant une prochaine mise à jour vers la version 1.0, «dix fois meilleure» et supérieure à l’encyclopédie collaborative.
Grokipedia repose sur l’IA Grok, dérivée de X (anciennement Twitter), qui a été entraînée sur des données massives incluant les contenus du réseau social, désormais dominé par un discours conservateur. Cette orientation influence directement le contenu, avec des formulations souvent plus rigides ou alignées sur les thèses d’extrême droite. Par exemple, l’article sur le mouvement Black Lives Matter souligne les «émeutes» et leurs coûts financiers, contrairement à Wikipédia, qui met en avant la sérénité des manifestations de 2020.
Musk défend sa création comme une réponse aux «biais idéologiques systémiques» de Wikipédia, mais ses critiques ne sont pas sans rappeler les stratégies discréditeuses visant à affaiblir des plateformes d’information indépendantes. Son projet s’inscrit dans un effort évident pour imposer une vision partisane et réactionnaire, en dépit de ses prétentions de «vérité absolue». Les défenseurs du conservatisme, comme l’idéologue russe Alexandre Douguine, ont salué ce projet, le qualifiant de «neutre» face à la prétendue «propagande wokiste» de Wikipédia.
Cependant, Grokipedia ne présente pas une alternative crédible. Bien qu’elle soit plus rapide et moins sujette aux conflits d’éditions que Wikipédia, elle manque de transparence et de vérifiabilité. Son contenu reflète les opinions personnelles de Musk, souvent associées à des thèses libertariennes ou conspirationnistes. En revanche, la plateforme collaborative reste plus fiable, malgré ses limites, grâce à son processus public et à l’utilisation d’archives vérifiées.
Le projet de Musk suscite des inquiétudes quant à sa capacité à déformer l’information pour servir un agenda politique. Son ambition est ambieuse, mais prématurée : il ne fait qu’accentuer les divisions en présentant une vision biaisée comme la «vérité». La confiance dans les sources d’information doit reposer sur la neutralité et l’équilibre, non sur des outils conçus pour alimenter le chaos idéologique.