Une mère vit un cauchemar depuis plusieurs semaines. Sa fille de 17 ans, instable psychologiquement, subit des crises constantes. Elle accepte de témoigner sous anonymat pour se protéger des préjugés : « Ça s’est manifesté du jour au lendemain », raconte-t-elle. « Elle s’est mise à se scarifier, à se mettre en danger et à boire beaucoup d’alcool. Voir sa fille dans cet état, c’est très dur. Elle émergeait à peine. Elle ne réagissait plus ». Aux urgences, l’adolescente voit une psychiatre quelques minutes seulement et ressort avec une ordonnance et la prescription d’un suivi, mais n’arrive pas à mettre en place ce suivi, faute de pédopsychiatre disponible. « On sent qu’il manque de soignants et c’est prégnant au quotidien, déplore-t-elle. On voit la psychiatre de garde seulement 10 minutes. Ce n’est pas de son fait, elle doit être débordée. Il faut que ma fille suive sa scolarité. Si je n’avais pas mon médecin généraliste, elle aurait eu un traitement lourd et aurait été déscolarisée ». Elle poursuit : « Quand on veut prendre un rendez-vous, on me dit que ce n’est pas adapté à son âge et qu’il faut se rediriger ailleurs. Ensuite, on nous annonce qu’il n’y a plus de place. Il faut encore essayer ailleurs. Aujourd’hui, on n’a pas de solution. On est complètement démunis. J’ai peur pour elle. Je me demande ce qu’elle fait, où elle est, ce qu’elle va faire et si elle est en danger ».
Des enfants et des familles en souffrance : dans le Cantal, c’est le triste constat que fait le syndicat CGT de l’hôpital d’Aurillac. Après deux départs, le service de pédopsychiatrie ne compte plus qu’un seul médecin présent une journée par semaine seulement. Patricia Roume, déléguée CGT du centre hospitalier Henri-Mondor d’Aurillac, dresse un constat alarmant : « On se rend compte que certaines prises en charge se réduisent à des prescriptions de médicaments, alors qu’avec des enfants et des adolescents, elles doivent se faire sur le long cours. C’est un travail relationnel. Quand on voit un adolescent en consultation une fois et qu’on lui dit : ‘Tu vas prendre des antidépresseurs et puis tout va bien se passer’, non, ce n’est pas possible. On ne peut pas laisser ces familles en détresse ».
Dans un communiqué, la direction du centre hospitalier d’Aurillac indique être « pleinement engagée pour assurer la continuité et la qualité de la prise en charge en pédopsychiatrie ». Avec comme levier « une stratégie active de recrutement de praticiens spécialisés », mais aussi la mise en place « d’une démarche de coopération renforcée avec le CHU de Clermont-Ferrand ».
En France, le nombre de pédopsychiatres a chuté de 34 % entre 2010 et 2022. Déclarée grande cause nationale, la santé mentale des enfants et des adolescents continue pourtant de se dégrader.